Dans un monde capitaliste où la propriété privée est souvent synonyme d’accumulation et d’inégalités, il existe pourtant une fenêtre d’alternatives possibles pour repenser une société plus égalitaire et écologique. Parmi ces alternatives, il y en a une qui existe pourtant déjà : l’écosystème des bibliothèques. Inspirée des pratiques communautaires et des idées anarchistes de mutualisation, elle repose sur un principe simple : partager au lieu de posséder. Dans nos sociétés actuelles il s’agit principalement de livres et de biens culturels comme des jeux de sociétés, films et musique.
Et si on étendait le principe au delà des livres et de la culture ? Et si on l’étendait en fait au maximum de choses possibles ?
Cet article est une adaptation et un résumé en français de la vidéo d’Andrewism « The Library of everything ». Si vous n’avez pas de problème avec l’anglais, je vous conseille de la regarder à la place de lire ce qui suit 🙂
📚 Usufruit, Possession et Occupation : Trois manières d’utiliser les biens
Le Problème : La Surconsommation et l’Accumulation
Nous achetons de nombreux objets que nous utilisons rarement : perceuses, tentes, jeux de société, outils de bricolage, etc. Ces achats individuels ont un coût financier et environnemental élevé, tout en encombrant nos espaces de vie. C’est aussi un problème social : tout le monde n’a pas les mêmes moyens, et donc ne peut avoir accès aux mêmes objets.
La Solution : Le Partage des Ressources
Dans un écosystème de bibliothèques, les objets ne sont pas simplement possédés, ils sont partagés selon trois modes d’usage :
- Usufruit 🌱 : utiliser un bien sans le posséder, comme emprunter un livre ou un outil.
- Possession 💼 : garder un bien pendant une durée déterminée, par exemple un appartement en résidence artistique.
- Occupation 🏠 : utiliser un espace temporairement, comme réserver une salle pour un événement.
Les objets et espaces sont ainsi mis à disposition de façon collective, selon les besoins et les usages. Il s’agit de mutualiser des objets peu utilisés pour les rendre accessibles à tous et toutes. Plutôt que d’acheter une perceuse pour un usage occasionnel, pourquoi ne pas en emprunter une, comme on le ferait avec un livre ?
📆 Quand et comment utiliser les biens et espaces ?
L’accès aux ressources peut varier en fonction de leur demande et de leur fréquence d’usage :
- Usage unique 👗 : une robe de soirée, un costume de mariage…
- Usage quotidien 👟 : des vêtements, des outils de cuisine…
- Usage occasionnel ⌚ : une perceuse, un projecteur, une tente de camping, un lieu de fête, …
- Accès immédiat ou sur réservation 📅 : selon la rareté et la demande, certains objets peuvent être pris librement, d’autres doivent être prévus à l’avance.
Dans une telle organisation, la notion de temps d’usage devient essentielle : prêter un véhicule pour un week-end, partager un atelier sur plusieurs mois, ou encore laisser un objet circuler librement.
📝 Une alternative à « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux » ?
Certaines critiques comparent cette vision à une dystopie capitaliste dans laquelle tout serait en location perpétuelle. Cette peur est alimentée par des modèles de type « Software as a Service » (comme la suite Creative d’Adobe) où l’accès à l’usage est conditionné par des abonnements.
Mais ici, il ne s’agit pas de privatiser l’accès aux ressources, mais de collectiviser leur usage. Plutôt que d’être prisonniers de la propriété corporatiste, nous deviendrions collectivement responsables de nos outils et de nos lieux de vie. Il est aussi important de noter que dans un écosystème de bibliothèques, on évacue au maximum la composante monétaire.
🤝 Une organisation basée sur la confiance et l’autogestion
Évidemment, cela pose des questions pratiques : que se passe-t-il si un objet est endommagé ou perdu ? Si quelqu’un abuse du système ? Plutôt que d’imposer des règles rigides et punitives, l’autogestion et la résolution des conflits au cas par cas sont privilégiées.
Des pistes possibles :
- 📃 Entretien et réparation collective des objets
- 🛠️ Encourager la responsabilité partagée plutôt que la sanction
- ⏰ Système de rappels pour le retour des objets plutôt que des amendes
Les bibliothèques publiques ont déjà commencé à supprimer les frais de retard car ils freinent l’accès aux livres. Pourquoi ne pas appliquer cette logique à d’autres biens essentiels ?
🌍 Dépasser l’argument de la « nature humaine »
Un autre frein souvent évoqué est celui de la « nature humaine », prétendument individualiste et opportuniste. On rétorquerait qu’un tel système est impossible à maintenir à grande échelle car tout le monde en abuserait. Pourtant, l’histoire et l’anthropologie montrent que nos comportements sont largement déterminés par notre environnement social.
Nous avons la capacité d’organiser nos sociétés de façon horizontale et solidaire. L’anarchisme nous rappelle que la liberté s’exerce dans la coopération, pas dans la compétition imposée.
Alors effectivement, créer un écosystème de bibliothèques dans notre monde capitaliste n’est pas qu’un simple travail matériel. C’est aussi et surtout un travail de changement des mentalités, qui doit passer entre autres par l’éducation populaire et par une conscientisation de nos responsabilités individuelles, afin de garantir en réalité le bon fonctionnement de chaque organisation libertaire.
🌟 Préfiguration et construction du monde de demain
Inspirée par les idées de David Graeber, l’écosystème des bibliothèques s’inscrit dans une démarche préfigurative : construire, dès aujourd’hui, les alternatives qui feront s’effondrer le capitalisme en le rendant obsolète.
Loin d’être une utopie abstraite, ce modèle repose sur des initiatives concrètes et peut s’étendre à bien des choses :
- 💪 Création de bibliothèques d’outils, de vêtements, d’objets du quotidien
- 👨🌾 Mise en place de communs alimentaires, espaces partagés de production
- 🏡 Organisation d’habitat collectif et de structures d’entraide
Plutôt qu’un « système unique », il s’agit de multiples expérimentations qui se renforcent mutuellement.
💪 Comment Commencer ?
La mise en place d’un écosystème de bibliothèques commence à petite échelle :
- 👥 Se regrouper entre voisins, ami·es, collectifs
- 🛠️ Partager et entretenir ensemble des outils, des ressources
- 🏢 Trouver un lieu accessible pour stocker et organiser
- 📚 Établir des modalités simples d’usage et de retour
Les structures naissantes doivent être liées aux luttes sociales existantes, car sans confrontation au capitalisme, elles risquent de se réduire à de simples initiatives caritatives sans impact profond.
Différents modèles existent selon les besoins locaux, et une bibliothèque peut très bien se spécialiser dans différents domaines :
- 🛠 Outilthèques (partage d’outils de bricolage).
- 🎭 Costume-thèques (prêt de vêtements pour événements).
- 🍽 Vaisselleries (vaisselle mutualisée pour les repas collectifs).
- 📚 Médiathèques alternatives (livres, films, savoirs libres).
💬 Question à se poser : Quel type de bibliothèque aimeriez-vous voir dans votre ville et quel besoin local peut elle remplir ?
✊ Une économie au service de l’émancipation
Loin d’être une simple « solution pratique », l’économie de la bibliothèque porte en elle une critique radicale du capitalisme et une proposition pour un monde plus libre et solidaire. Elle repose sur la coopération, l’autogestion et la réciprocité, des valeurs chères aux luttes anarchistes et libertaires. 🌍🔥
Nous avons déjà tout ce qu’il faut pour bâtir un monde sans exploitation. Il ne tient qu’à nous d’inventer les formes concrètes de son avènement.